A QUOI SERT LA DOULEUR ?

La douleur : Une fonction vitale

Aujourd’hui nous allons nous poser cette question simple mais fondamentale : à quoi sert la douleur ? Tout d’abord la douleur est une fonction vitale. Elle permet à la fois d’informer l’individu par un phénomène de perception sensorielle que quelque chose de dangereux est en train de se produire, mais aussi d’attribuer à cette perception un caractère désagréable qui va pousser l’individu à éviter le danger, et même d’apprendre à l’éviter dans le futur. Classiquement, on définit la douleur comme une expérience sensorielle désagréable. D’un point de vue mécanistique, la douleur en tant qu’expérience sensorielle, met en jeu des mécanismes comparables à n’importe quelle autre perception sensorielle comme la vision ou l’audition. C’est-à-dire qu’elle implique un tissu (celui qui fait l’objet de la sensation de douleur), des nerfs périphériques, puis le cerveau qui est essentiel à toute forme de perception sensorielle. Alors comme ça on pourrait imaginer que la douleur, par exemple au niveau de la peau, est une forme exagérée de toucher, et que l’on n’a pas ici quelque chose de véritablement distinct en termes d’anatomie et de fonction. Mais il s’agit bien d’un système à part et bien individualisé.

La perception de la douleur

Pour avoir une perception douloureuse, il faut d’une part une stimulation d’un tissu comme la peau par exemple, par un élément extérieur qui tend à agresser le tissu lui-même. D’autre part, il faut un système capable de traduire cet événement en terme nerveux puis de l’intégrer afin de lui donner sa forme sensorielle que nous appelons douleur. En détail, le tissu va être stimulé par un événement potentiellement dangereux, ce qui va entraîner l’excitation des terminaisons nerveuses qui sont ancrées dans le tissu. Ces terminaisons nerveuses sont les extrémités des nerfs périphériques et sont capable de convertir la stimulation initiale en message nerveux. On parle de transduction du signal. Ensuite, ce message nerveux qu’on appelle nociceptif, va être transmis le long des nerfs jusqu’à la moelle épinière qui est le premier relais de la douleur dans le système nerveux central. A ce stade, la moelle épinière va gérer essentiellement deux choses. D’abord elle va contrôler des neurones moteurs qui vont induire une réaction musculaire réflexe afin d’éviter rapidement le danger. Exemple typique : on retire la main quand on se brûle, et pour cela, seule la moelle épinière suffit, on appelle cela l’arc réflexe. Ensuite, la moelle va transmettre le message nociceptif au cerveau qui va se charger de développer les réactions cognitives en conséquence.

On ne va pas détailler toutes les réactions ou toutes les régions cérébrales impliquées, entre autres parce que certaines d’entre elles sont encore très mal comprises à ce jour, mais synthétiquement, il y a deux composantes de la douleur qui se développent au niveau du cerveau. D’abord, il y a la composante sensori-discriminative, qui permet comme son nom l’indique de discriminer les caractéristiques de la perception sensorielle qu’on est en train de vivre. C’est elle qui nous permet de dire où on a mal, pendant combien de temps, de quelle douleur il s’agit (brûlure, piqure ou autre) et à quelle intensité. Cette composante utilise principalement la voie thalamo-corticale, c’est-à-dire le thalamus et le cortex sensoriel. Cette voie est par ailleurs utilisée pour la perception tactile, pour la même raison c’est-à-dire pour permettre à l’individu de savoir précisément ce qui arrive, dans quelle mesure et de quelle nature est le stimulus. La deuxième composante de la douleur est la composante émotionnelle. C’est elle qui donne son caractère désagréable à la douleur. C’est elle qui fait que la perception sensorielle ne se réduit pas à une sensation tactile mais s’identifie comme une sensation véritablement douloureuse et permet d’activer des fonctions cognitives complexes comme l’apprentissage par exemple. Cette composante va être assurée par des régions cérébrales généralement impliquées dans les émotions, comme l’amygdale. Cette zone est particulièrement bien connue pour son rôle dans la peur et l’anxiété.

On a vu comment un stimulus douloureux était intégré par le système nerveux et comment il se transformait en expérience sensorielle qu’on appelle la douleur. Mais le fonctionnement du système dans son ensemble est plus complexe car il contient aussi des mécanismes de contrôle du message nociceptif, ayant pour but de régler l’information douloureuse dans des proportions compatibles avec la physiologie et l’adaptation comportementale. La douleur doit être suffisamment perçue pour jouer son rôle d’alerte. Mais dans certains cas il est nécessaire de la modérer pour ne Par exemple si une douleur n’est pas perçue suffisamment alors qu’elle relève d’un danger réel, cela peut empêcher l’individu d’adapter correctement son comportement. Cette situation est particulièrement claire dans ce qu’on appelle la relation proie-prédateur. Imaginons un rongeur blessé à la patte et qui est menacé par une chouette. Celui-ci doit ressentir certes une douleur due à la blessure, mais doit avant tout courir pour fuir et donc survivre. Dans ce cas, une douleur trop importante pourrait le ralentir et donc le contraindre à une mort certaine. Pour prendre un exemple plus anthropomorphique, on a tous en tête ces histoires rapportées de personnes perdues en montagne et blessées, et qui après avoir été écartées du danger racontent ne pas avoir ressenti de douleur pendant tout le temps où la survie dépendait de leur capacité à marcher et à trouver un refuge.

D’un point de vue mécanistique, ces phénomènes de contrôles de la douleur sont soutenus par des groupes de neurones dont le rôle est de régler l’activité de ceux qui sont dédiés à la transmission directe du message nociceptif. Selon le cas, ils peuvent augmenter ou diminuer leur activité et donc régler l’intensité avec laquelle la douleur sera perçue par l’individu. Ces contrôlés peuvent s’exercer à tous les niveaux de la transmission nociceptive, et certains sont gérés par des neurones dont les corps cellulaires se trouvent dans le cerveau et qui projettent des axones dans la moelle épinière pour contrôler le message nociceptif directement à son arrivée depuis le nerf périphérique. On les appelle les contrôles descendants. Un très bon exemple de contrôle descendant est celui par lequel une douleur modérée est toujours atténuée par une douleur plus forte et localisée à un autre endroit par rapport à la première. Si par exemple vous vous piquez le bout de l’index gauche en attrapant une rose, mais que dans le même temps un bulldozer vous roule sur la jambe droite, et bien vous n’allez plus trop vous préoccuper de votre index ; et notez qu’il ne s’agit pas que d’un phénomène de déviation attentionnelle, même si dans ce cas le bulldozer est très préoccupant. Il existe un mécanisme bien plus basique que celui qui est à l’origine de la conscience, et qui met en jeu un contrôle descendant stimulé par la deuxième douleur qui va atténuer la sensation liée à la première douleur par un contrôle des neurones de la moelle épinière.

Une fonction physiologique

Ce que nous venons de voir nous indique que la douleur a tous les éléments clés d’une fonction physiologique : elle remplit in rôle bien défini, dans ce cas avertir l’organisme d’un danger par la transmission d’un message vers un centre de contrôle tel que le cerveau, et elle est soumise à un système de contrôle sur elle-même tendant à régler l’intensité dans des proportions normales, ce qui fait penser à une régulation de type homéostatique. De plus, cette fonction physiologique est vitale car l’absence de perception douloureuse peut être dramatique pour la survie de l’individu, comme le montre la maladie de XXX pour laquelle le taux de survie est de XXX. Et comme toute fonction physiologique qui se respecte, il arrive qu’elle se détraque et devienne pathologique. On verra dans d’autres articles des maladies qui se caractérisent par des douleurs chroniques comme la migraine, la fibromyalgie ou encore l’agie vasculaire de la face.

Olivier Roca, fondateur de Sharpen Picture
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